Le Saussinet

n°25

Juin 2013

10260 - Rumilly-lés-Vaudes



Le  massacre de la Rocatelle

Témoignage d’Hector Ninino :
" Le 15 juin 1940 nous quittons Rumilly craignant l’invasion allemande. Deux jours après nous étions de retour. Fort heureusement nous n’étions pas allés bien loin.
Le 20, quelques jours seulement après que nous fûmes rentrés, j’entreprends de monter jusqu’à la ferme de la Rocatelle, à la lisière entre Rumilly et Jully afin de m’assurer qu’Henri Coffinet, un copain de mon âge, était lui aussi rentré au pays.
En montant sur la côte de Jully, je découvre un corps sur le bas-côté droit de la route, celui d’un soldat tombé probablement lors de l’engagement du 16 juin à Rumilly et qui n’avait pas encore été repéré.
J’ai le plaisir de retrouver Henri qui avait repris son travail à la ferme Debrabandère. Je m’empresse de lui faire part de la macabre rencontre que je viens de faire. « Ce n’est rien, me dit-il. Viens voir ». Et de me conduire à quelque cent mètres de là où je découvre un véritable charnier, une trentaine soldats entassés les uns sur les autres, mitraillés, probablement à bout portant, peut-être par surprise après qu’on les eût fait se regrouper. Le témoin en était cet amoncellement de douilles de mitrailleuse qui jonchaient le sol en un seul tas non loin de là.
Les corps de ces pauvres victimes étaient déformés par le chaud soleil de juin et la couleur de leur peau en était tellement altérée qu’on les aurait facilement pris pour des Congolais.
Quand il eut appris la nouvelle, le maire Léon Singoth prit de suite les mesures nécessaires. Il convoqua les hommes de Rumilly disponibles.
Ceux-ci, avec pelles et pioches, vinrent creuser une fosse pour ces 31 soldats sur lesquels, il faut le dire, il ne fut trouvé aucune arme ce qui tend à prouver qu'ils  ont été délibérément massacrés.
L’odeur des corps décomposés était horrible et nos aînés laissèrent bien volontiers à Henri et à moi la tâche ingrate de fouiller chacun des cadavres afin de trouver là un portefeuille, là un numéro matricule, ailleurs quelque alliance, toute pièce qui puisse permettre d’identifier ces pauvres gars.
Henri Mothré, instituteur et secrétaire de mairie était là pour faire le constat des objets recueillis et en établir le procès-verbal.
Dans cette fosse d’environ 20 m de long, 2 m de large et un mètre de profondeur, Henri et moi avons transporté les corps le plus dignement qu’il nous a été possible. Nous les avons alignés les uns à côté des autres en prenant soin de séparer chaque cadavre de son voisin par un pieu fiché en terre. Un lit de chaux vive. Recouverts de terre.
Après une pensée émue pour ces victimes tombées sous les balles ennemies, nous sommes redescendus au village."

Outre Hector Ninino, Henri Coffinet, le maire Léon Singoth et le secrétaire de mairie Henri Mothré, Roger Laguillaumy, Auguste Brunon, André Vuibert, Louis Ninino Pierre Perraudin et Henri Plivard ont participé à l’inhumation de ces soldats.

Le lieu de ce drame dit “de la Rocatelle” puisqu’il s’est déroulé à proximité de ce domaine agricole rumillon, concernait plus exactement la commune de Jully-sur-Sarce dont les limites territoriales ouest longent la route de Fouchères à Vougrey. C’est pour cette raison qu’ un mois après une première inhumation sur place, les corps des victimes ont été transférés dans le cimetière communal de Jully avec les difficultés et inconvénients que l’on peut comprendre. Et donner lieu à quelques fables dont celle qui a prétendu que ces prisonniers avaient été “fusillés contre un mur, à l’entrée de Jully”.

L’idée d’immortaliser cet événement tragique par une stèle qui aurait pu le rappeler a été émise très tôt après la guerre par M. Boulanger de Bar-sur-Seine. Elle fut reprise et menée à son terme par MM. Gallery ancien résistant et Lacroix, maire de Jully sur Sarce. Une première réunion fut organisée dès 1997 en mairie de Jully qui regroupait quelques intéressés autour des deux initiateurs de l’opération. Un appel à souscrire fut lancé à cette occasion ; il connut le succès que l’on sait.
En 1999, le Comité put alors annoncer la pose de la première pierre du monument non loin du lieu où le massacre avait été perpétré, dans une parcelle généreusement offerte par Mme et M. Schmieder les nouveaux propriétaires de la Rocatelle, un monument érigé à la mémoire des prisonniers massacrés non loin de là le 16 juin 1940, auxquels ont été associés les autres militaires morts pour la France ce même jour et le suivant, dans les villages voisins : Vougrey, Rumilly, Lantages.

C’est, il faut le penser, d’un article paru dans la presse de l’époque sur une information erronée, que nait une confusion qui semble perdurer. “Un monument dont la première pierre sera posée dimanche prochain en présence notamment du 151ème Régiment d’Infanterie dont la dissolution est prévue le mois prochain”.
C’est tout simplement pour ne pas oublier les quarante soldats du 151 que fut décidée l’érection de cette stèle du souvenir”.

En fait,s’il est exact que sept militaires de ce régiment ont disparu lors du massacre du 16 juin à la Rocatelle, les autres ont été victimes des affrontements de Vougrey. Réunir les deux événements crée une confusion regrettable. Hélas confortée officiellement  par un document parvenu à l’ONAC qui porte en titre : Liste des militaires du 151ème Régiment d’Infanterie MORTS POUR LA FRANCE” le 16 juin 1940 aux combats de  JULLY-SUR-SARCE, CHAOURCE et VOUGREY (Aube).

  • Devant la stèle de la Rocatelle nous sommes sur les lieux d’un massacre et non d’un combat ; même si, aux noms des victimes de cet inexcusable acte de guerre, ont été ajoutés à juste titre ceux des combattants décédés aux alentours, morts pour la Patrie.

  • Chaque année, à l’initiative du Comité du Souvenir, devant le Monument où sont inscrits tous les noms des soldats  tombés en juin 1940 à Jully, et aux environs immédiats, une cérémonie en renouvelle le souvenir.

  • C’est grace au témoignage d’Hector Ninino et au relevé d’Henri Mothré qu’il nous a été permis de connaître le massacre de la Rocatelle.




Relevé Mothré
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