Le Saussinet n°59

Mai 2016

10260 - Rumilly-lés-Vaudes

Le manoir insolite

Partie 1

Rumilly est un village dont chacun connaît la magnifique église au retable de pierre peinte et dont chacun envie le manoir, élégant et racé. Le fait que ce dernier soit souvent occupé ne permet pas toujours qu’on l’approche mais, de la route, il est possible de le contempler.

 

Il est agréablement ombragé par les frondaisons d’un imposant platane. C’est un bel édifice du XIII°  siècle dans lequel, à première vue, on ne soupçonne rien qui ne soit parfaitement clair et ordonné, tout au moins dans le sens dont nous entendons ces mots, en hommes du XXe siècle.

Curieuse colonne.

Et pourtant ! Quatre colonnes torses soutiennent la galerie du 1er étage. Pourquoi celle de droite est-elle si bizarrement orientée. Elle n’est point, comme ses soeurs, torsadée d’une seule envolée ; aux deux tiers de sa hauteur, la vrille s’inverse. Erreur de montage, pensent ceux qui se fient à leur première impression ; un ouvrier a dû tout simplement se tromper en implantant la partie supérieure de la colonne.

Ce n’est pas là la vraie raison. Déjà parce que cette colonne est taillée d’un seul bloc et donc que ce “défaut” a été inséré dans l’ensemble avec intention. Si la colonne était montée de deux pièces distinctes,  comme elle l’était à l’origine, il ne suffirait pas de retourner le tronçon supérieur pour rétablir l’ordre de la torsade ; l’erreur n’en subsisterait pas moins.

C’est donc volontairement qu’a été modifié l’enroulement de ce pilier. La légende assure que le Compagnon tailleur de pierre s’est querellé avec le maître d’oeuvre. Pour exprimer son mécontentement, le sculpteur aurait terminé son travail à l’inverse de ce qui aurait dû être fait.

Est-ce vraiment là une bonne raison ? On l’affirme mais on prétend aussi que cette entorse à la symétrie d’une façade n’est pas rare et qu’en général elle n’est là que pour évoquer la participation des Compagnons dans la construction d’un édifice. Cette erreur, cette anomalie - quel nom qu’on veuille lui donner - est plutôt la marque du travail des Compagnons dans la construction de notre manoir, signe de leur présence agissante plutôt que la manifestation de l’humeur d’un ouvrier. C’est en quelque sorte la signature d’une équipe, la manière de dire aux générations futures : Voilà ce que nous avons bâti, c’est le fruit de notre savoir faire, de notre sueur et nous en somme fiers”.

Cette signature est parvenue jusqu’à nous, bien peu discrète, mais qui éclate dans la façade du manoir comme un clin d’oeil un peu appuyé.

(Note : à Rouen, la tour du Gros Horloge présente, elle aussi, une anomalie.)

 

Une si belle poutre.

La très belle poutre sculptée de la grande salle du rez-de chaussée, dès l’entrée, pique la curiosité avec ses blasons sculptés à la croix patriarcale, armes du propriétaire et de sa famille, ainsi que le petit bonhomme qui tire la queue d’un loup. (cela ne représenterait-il pas le loup tailleur de pierre sous le regard amusé du chien charpentier ?)

La coupe dans laquelle deux oiseaux boivent n’est-elle pas symbole d’immortalité, association des deux principes de vie, opposés et contraires mais indissolublement liés entre eux ? (cf René Guenon. Symboles de la science sacrée., p. 203) L’ensemble des motifs de cette poutre n’a-t-il pas en outre, un sens en lui-même ? On l’affirme.

Chacun des symboles qu’elle présente sont reliés entre eux par une série de ponts, correspondant aux cartouches vides (où étaient gravées des fleurs de lys) et ne devraient être lus que dans un seul sens : de gauche à droite.

 

 


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