Le Saussinet n°60

Juin 2016

10260 - Rumilly-lés-Vaudes

Le manoir insolite

Partie 2

 

 

Sous le manteau des cheminées.

Au premier étage, les plaques de cheminée sont curieuses. Elles ont été composées directement dans le sable de fonderie, à l’aide d’éléments rapportés. On distingue la corde qui a servi à en limiter le centre (Cf. Folklore de Champagne , n° 54, p. 9).

A l’intérieur de la plus grande des taques le motif “lion” a été frappé trois fois et on perçoit fort bien comme il a été imprimé différemment à chaque fois : avec force, à ras du sable ou très légèrement, ce qui donne trois empreintes différentes, laissant apparaître le support de l’élément, le laissant deviner ou l’ignorant totalement.

La plaque de la seconde cheminée présente, comme par hasard, la croix de Jérusalem à deux branches, armes des Compagnons fondeurs du Devoir (Attesté par M. R. Lécotté), un nouveau clin d’oeil aux Compagnons de tous les temps ; marque indélébile d’une présence, si forte qu’elle passe les siècles (on remarquera "l'erreur"analogue à celle de la colonne de la façade) apportée par le fondeur.

 

Encore au premier étage.

Comme celle d’un cul-de-lampe tout droit tiré du Roman de Renart, qui stigmatise le travail au noir, le goupil tient en sa gueule une tendre géline. C’est là, à n’en pas douter, une discrète allusion au faux compagnon, ce renard qui, sans pudeur, prend le travail de celui qui reste fidèle à la loi, lui enlevant en quelque sorte le pain de la bouche.

 (Les renards étaient ainsi les ouvriers qui refusaient les divers compagnonnages ou même qui appartenaient à des sociétés ennemies des Compagnons. JP. Bayard. Les Compagnons en France, p. 23.)

Le modeste et splendide oratoire qui occupe la tourelle nord-est est tout simple et discret ; il baigne dans une spiritualité non feinte. La clé de voûte est percée de part en part sans pour autant qu’elle ait pu laisser passage à un crochet susceptible d’avoir retenu quelque pendentif armorié. Quelle est donc la raison pour laquelle on l’a voulu ainsi trouée verticalement ? N’est-ce pas pour nous faire mieux  comprendre la communication qui doit exister entre le ciel et la terre ?

       

 

La pierre d’autel se situe très exactement dans l’angle nord-est de l’édifice. De surcroît c’est une pierre noire, la pierre angulaire par excellence (R. Guénon. Op ci. p. 261.)

La légende affirme qu’elle était autrefois surmontée d’une vierge, noire elle aussi. Faut-il, puisque nous insistons, chercher dans cette répétition de la couleur noire (Les culs-de-lampe qui soutiennent les nervures de la voûte ont été, eux aussi autrefois, de couleur noire), un autre signe, un autre symbole ?

La couleur noire n’indique pas toujours l’absence ni la privation de lumière ; lorsqu’elle semble, comme dans l’oratoire de Pierre Pion, être volontairement privilégiée c’est qu’elle symbolise l’état secret de non manifestation, la connaissance par les seuls initiés (René Guénon. Op. cit. p. 117).

 


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