Le Saussinet n°68

Mars 2017

10260 - Rumilly-lés-Vaudes

Les Goncourt

à

Rumilly lés Vaudes

1°partie

 

(Ici, - c’est à dire à Rumilly, - commence la belle et curieuse aventure des Goncourt au pays de Bar-sur-Seine).

La nouvelle.

Rumilly est un petit village de presque 500 âmes qui, bien que n’étant pas des cinq vallées : l’Arce, la Laignes, l’Ource, la Sarce, et la Seine, plutôt à l’écart des cinq doigts de la main chers à mon ami Bernard Pieds, (B. Pieds. Bar au temps des Goncourt. Vie en Champagne n° 196 -1964.) n’en ouvre pas moins, à qui vient de Troyes par le “grand chemin” (Aujourd’hui route 671) la porte du grand pays de Bar-sur-Seine

Si, à Rumilly, il semble que les Goncourt nous soient quasi familiers, c’est parce ils ont eu l’audace de commettre une nouvelle qui, tout à la fois nous fâche, nous récrée et nous emplit d’aise.

Nous emplit d’aise parce qu’avec bonheur, elle évoque le village de Rumilly dans son site agreste et surtout, au travers de ses deux prestigieux monuments.

Nous récrée parce qu’elle le fait à la manière qui leur est personnelle, en des termes curieux, avec la syntaxe que nous leur connaissons, d’une ironie parfois cinglante, avec un constant appel vers ce XVIème siècle qu’ils disent mythologique et qui est nôtre, grâce, d’une part, à l’église Saint-Martin et grâce aussi au Manoir des Tourelles

Nous fâche parce qu’ils ont osé imaginer, ces sacripants de la plume, un magistrat municipal hermaphrodite, un maire dont on ne sait s’il était homme ou femme, un personnage qu’ils ont malignement introduit dans un texte qui, néanmoins, chante la gloire de notre village... dans une nouvelle intitulée : L’ex-maire de Rumilly.

En famille.

Mais pourquoi Edmond et Jules Huot, dits de Goncourt, se sont ils plus spécialement attachés à Rumilly ? Alors qu’ils ont parcouru, avec leurs cousins Labille, le Barséquanais tout entier !

Tout simplement parce qu’ils y étaient en famille.

Les Labille étaient installés à Rumilly dès le XVIIIème siècle.

Le 18 septembre 1770, (cf. État-civil de Rumilly.) on procède à la bénédiction de 4 petites cloches de l’église Saint-Martin, celles qui, probablement, sonnaient les heures à l’horloge du campanile qui s’élevait à la croisée du transept et qui disparut dans un incendie en l’an VI. (3)

La première (de ces quatre cloches) fut nommée Marie-Anne par Monsieur Labille, seigneur de la Rocatelle et amodiateur de la seigneurie de Rumilly, accompagné de dame Jaquin veuve de Monsieur Lenoir.

La seconde eut pour nom Marguerite ; elle était parrainée par Monsieur Etienne Charpy, marchand conseil et par demoiselle Marie Ursule Labille.

La troisième, Brigide, était entourée par Monsieur Jean-Baptiste Gentil, marchand (Juge consul en la juridiction de Troyes) et par demoiselle Anne Labille.

Quant à la quatrième, c’était Jean Baptiste, receveur de la douane et demoiselle Françoise Labille qui en étaient parrain et marraine.

Un important personnage donc, que ce Labille, ami de marchands, homme de biens et de pouvoir, seigneur d’un domaine relativement modeste, mais dont on devine que les ambitions passaient les limites du village.

Ce Claude Labille - puisqu’il faut bien lui donner son prénom - qui, à l’occasion de ce baptême de cloches en 1770 offre à la fabrique “six magnifiques chandeliers avec la croix argentée,” est le seigneur de la Rocatelle, un petit domaine de 13 hectares. ( Déjà restauré après un orage en 1739.4 - Jean Daunay. La Rocatelle.)

La Rocatelle

Claude Labille est aussi amodiateur de la terre de Rumilly (il en loue les revenus), terre qui dépend du roi et de l’abbé de Molesme.

Il occupe encore la fonction de changeur pour le roi à Bar-sur-Seine. (A. Roserot. Dictionnaire de la Champagne méridionale, p. 1276.)

Quand il décède en 1781 il laisse le domaine de la Rocatelle à son gendre Etienne Charpy.

 


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au Café-Restaurant du Manoir à Rumilly-lés-Vaudes